Le jeune (3ans à l'époque, 4 aujourd'hui) est arrivé mi octobre 2008 dans ma vie à une période plutôt compliquée et douloureuse, à savoir la maladie de Matisse, son traitement et son départ pour une convalescence ténébreuse. Il s'est avéré un peu compliqué du comportement. Je rappelle qu'il est entier, même si à cette époque il ne le savait pas. Je l'ai découvert terrorisé par l'humain...
Savoir pourquoi et comment, impossible. C'est un des rares chevaux où s'il y eu traumatisme, je ne suis pas arrivé à les lire. Avec le recul et le temps, je pense qu'il y en a pas eu mais juste un énorme problème de comportement associé à une mauvaise interprétation de l'action de l'homme.
Descriptif : cheval collé au fond du boxe H24, jamais la tête à la porte, se laisse à peine attraper, compliqué aux couvertures (ne se couchait plus lors d'un changement), mobylette sans frein ni direction monté. Par contre une fois attaché, ne bouge pas, ne tire pas, très bien au montoire. Donne l'impression de vouloir bien faire mais ne comprend pas ce qu'on lui veut. Doué pour le reining.
Avec le temps, la patience et le concours de tout son entourage, il s'est rassuré, n'a plus peur dans son boxe, accepte ses couvertures sans sourciller, a un frein, une direction assistée et sort en promenade à peu près normalement pour un 4ans.
Sauf que mon obsession du “rassurer” m'aura fait passer à côté d'un élément essentiel : garder ma place de dominant. Bin oui, à force de tout le temps le caresser (pensant encore que nous étions en flippe) quand il me fait un coup de calgon, je ne faisais que récompenser une bêtise ou une mauvaise prise d'initiative. Bon an, mal an, nous évoluons péniblement comme cela depuis 1 mois après février qui fut exceptionnel où le cheval a progressé de façon spectaculaire en reining.
Sauf que ... la complexité de cette discipline, ses rouages et mon exigence cumulés ont replongé le cheval dans son état premier : l'incompréhension. Cela faisait beaucoup d'information en même temps.
Et puis en bonne convaincue qu'il avait été maltraité j'ai interprété ses réticences comme de la peur. Donc je me suis mise à rassurer=récompenser ses débuts de rétivité. Et je suis passée du stade de dominant, à celui de meilleur pote. En parallèle d'une puissante monté de testostérone. Le petit garçon est devenu un Monsieur. J'ai essayé tout ce que j'avais en stock comme méthode, l'archi douce, la dure, rien n'y fait, il se retranche de + en +. Jusqu'à se foutre de ma gueule au travail et se planter pour dire “j'ai fini, tu peux descendre!”. J'ai eu peur un moment qu'il ai perdu confiance en moi.
Je me suis mise alors à l'observer au pré, faire de la liberté pour le voir évoluer autour de moi. Je l'attrappe super, il ne se défile pas. En carrière il joue le jeu. Que néni, il n'a pas peur de moi... Donc je décide de tester les trucs que m'avait appris un ami débourreur professionnel pour des éleveurs de pur-sang anglais, un mélange de Monty Roberts et Josh Lyons.
Je nous colle dans le rond, lui sellé sans rien sur la tête et moi au milieu, et je le chasse bruyamment (à renfort de grands geste et de voix) et avec le stick.
Ouh là, surprise pour le cheval, ça sent pas le jeu du tout. Je l'arrête à la voix, il s'arrête et se tourne à peine vers moi et ne vient pas à mon appel, je relance la chasse, avec des changement de direction, j'attire son attention sur moi et je m'impose comme dominant en lui faisant la chasse le temps qu'il faut. Je stoppe plusieurs fois et il s'arrête bien face à moi un peu plus près à chaque fois, je lui laisse le temps de réfléchir, il commence à baisser la tête vers moi, veut venir mais n'ose pas et je lis le doute dans ses yeux. Je fais quelques pas vers lui (rien qui lui fasse penser que je suis le dominé) puis je change de direction et je m'en vais, il m'emboite le pas et me suis.
OK, j'ai gagné ça! Je mets un filet et monte dessus, il joue ses tours habituels mais avec moins de conviction, il doute, je suis plus son pote.
Et je déroule une séance où je reprends toutes mes conneries de 1 mois!!! Donc pas une séance de spins, roll back ou autre. Juste une séance de respect des 3 allures, de flexions, d'arrêts francs et de reculés avec cession de nuque. Et surtout je le bouge dès qu'il fait mal, même principe qu'à pied. Je récompense la vraie bonne chose. Et puis pour une fois... Je descends rapidement, le cheval a cédé sur les 4 ou 5 points abordés.
Il n'a pas été maltraité, il a juste été parachuté depuis son univers bisounours chez de gentils humains, au pré avec son frère, dans celui des reiners et du travail. Pour des individus émotifs et intelligents, on aboutit à l'incompréhension la plus totale. Je ne suis pas sortie du tunnel, j'entrevoie juste de la lumière. Je conseille à tous ceux qui sont intéressé par le reining et une approche assez comportementaliste, de regarder les vidéos de Doug Phipps, ce mec est génial et j'ai appris quelques trucs super utiles en le regardant.